Иван Сергеевич Тургенев
<Предисловие к французскому переводу повести Л. Н. Толстого «Два гусара»>

«Deux Hussards»

   L’auteur de la nouvelle offerte aujourd’hui aux lecteurs du «Temps», le comte Léon Tolstoï, est un des plus remarquables écrivains de la nouvelle école littéraire russe, de cette école qui procède de Pouchkine et de Gogol; et bien plus de notre grand humoriste que de notre grand poète. On peut même dire qu’après la publication (en 1870) du dernier ouvrage du comte Tolstoï, «La guerre et la paix», composition originale et vaste, qui tient à la fois de l’épopée, du roman historique et de l’étude de mæurs, c’est lui qui tient décidément le premier rang dans la faveur du public. Né en 1828, il est dans toute la force de l’âge, et promet de fournir une longue et brillante carrière.
   Le comte Léon Tolstoï, a débuté en 1852 par un récit intitulé «L’enfance», qui attira aussitôt sur lui l’attention des connaisseurs et de la critique. C’était une étude des premières années de la vie humaine, dans le genre de ce que Charles Dickens a tenté de faire dans son charmant roman de «Dombey et fils»; une grande finesse d’observation psychologique s’y allie à la plus touchante poésie. Plus tard vinrent des récits militaires d’une couleur admirable, sobre et puissante. (L’auteur était officier d’artillerie; il avait servi au Caucase et pendant le siège de Sebastopol.) A ces récits succédèrent des nouvelles aussi remarquables par le fond que par la forme; l’une d’elles, assez improprement intitulée «Les cosaques», offre la peinture la plus vive et la plus vraie du Caucase et de ses habitants. «La guerre et la paix», dont j’ai parlé plus haut, vint clore la liste des æuvres du comte Tolstoï dans le passé; un nouveau grand roman dû à sa plume se publie actuellement à Moscou.
   
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